Plongée dans l'Univers Mystérieux des Senteurs

De Plongeplo
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Club de Plongée de Plan-les-Ouates

Lundi 29 septembre 2008 à la Salle du Cartel

Organisatrice: Chantal Wiaux-Zamar

Intervenant: François-Raphael Balestra CV, Parfumeur chez Firmenich SA

Compte-Rendu: Anthéa Gutknecht


Je ne vous cacherai rien en vous faisant remarquer que Chantal nous a mis au parfum en nous invitant l’autre soir à une


                           « Plongée dans l’Univers Mystérieux des Senteurs »

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en compagnie de François-Raphaël Balestra, parfumeur chez Firmenich SA.

Alléchés par un tel programme, nous étions nombreux à converger vers la salle du Cartel lundi 29 septembre dernier pour assister à une présentation, didactique, ludique et passionnante, destinée à lever un voile sur le vaste monde de la parfumerie. Eu égard à la complexité du sujet, notre conférencier s’est concentré sur les notes aquatiques, si familières à la confrérie des plongeurs. Notes qui surgissent des éprouvettes en laboratoire pour évoquer la fraicheur de l’eau, les effluves des océans, la brise marine, les vagues et leurs embruns…


Raconte-moi un parfumeur

Un parfumeur est semblable à un artiste, à un peintre, à un compositeur… Il est, par essence, un « arrangeur » de matières odorantes, ayant à sa disposition une palette de 2’500 ingrédients. Le 10% de ces éléments est extrait de matières premières naturelles, le 40% est issu de la synthèse chimique et le reste représente les ‘bases’, c’est-à-dire des mélanges ‘prêts à l’emploi’. Chaque ‘formulation’ de parfum renferme entre 50 et 200 de ces ingrédients. Un parfum est formé de plusieurs accords, nécessitant un savant dosage entre notes de tête, cœur et fond, les trois ‘must’ d’une ‘potion’ odoriférante réussie.

Vous rêvez de créer un parfum ?

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La recette ne relève pas de la sorcellerie: adressez-vous à un parfumeur avec qui vous discuterez de cible (type de consommateurs), d’emballage, de couleur…Un évaluateur prendra la relève pour établir les directives olfactives (l’évaluateur sent tous les produits du marché). Puis un spécialiste analysera le marché (tests de consommateurs) et le laboratoire technique donnera son avis sur la complexité et la stabilité des bases. Le parfumeur imagine alors une odeur et crée une formule.
On brasse le tout, huile, alcool, on macère un coup, on attend une heure, 2 ou 4 semaines, 6 mois au plus – c’est selon – et vous voilà fier détenteur du produit de vos rêves!


Connaissez-vous le langage du parfumeur ?

Comme vous pouvez l’imaginer, son langage est riche en termes qui font rêver de pays exotiques, de villes lointaines, de jardins secrets ou de sous-bois tout en fraîcheur : Cologne, Chypre, fougère, lavande, oriental, patchouli, mousse de chêne, floral…

Munis du vocabulaire idoine, nous avons été entraînés à la découverte des techniques de fabrication des éléments essentiels avec, là-encore, le parler scientifique adéquat: pression à froid, enfleurage, extraction, distillation, synthèse, NaturePrint.

Tout en humant des effluves de mandarine, nous apprenons que pour en capturer le parfum, les agrumes sont soumis au traitement de la pression à froid . On presse uniquement la peau. Le kilo d’huile obtenue varie entre 60 et 500.-CHF suivant la matière première.

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Pour l’enfleurage, il sera question de graisse animale saturée en odeur, mélangée à de l’alcool pour élimer les corps gras, puis soumise à évaporation. Cette technique est maintenant abandonnée car les rendements sont faibles et les prix astronomiques.

L’extraction consiste à extraire la matière première avec un solvant; on obtient une concrète, qui après lavage à l’alcool donne l’Absolu dont le prix de revient fluctue entre 500 et 100'000.- CHF le kilo ! C’est avec un plaisir absolu qu’il nous fut permis de tester un Absolu de fleur d’oranger dilué 10 fois. Pour les instinctifs c’était un moment de bonheur exquis, pour les connaisseurs c’était floral (jasmin), chaud, luxueux (côté capiteux) et narcotique (animal, donne mal à la tête)!

Afin de ramener les notes aquatiques sous les feux de la rampe, nous nous sommes retrouvés à "déguster" olfactivement un Absolu d’alguele fucus vesiculosus, riche en effluves marines, salées et pescaille. S’en est suivi un autre Absolu d’algue, «le Marin Résinoïde », qui se trouve être de la Laminaire, recélant un petit quelque chose de marin, d’algue, de brise marine et de sous-bois ou humus.

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Pour la distillation, on fait simplement bouillir de l’eau à 100°C à laquelle on ajoute la matière première. Par décantation, il en résulte une huile essentielle à quelque Fr. 200 à Fr. 2'000.-CHF le kilo. Les solvants sont totalement absents de ce procédé. Dorénavant nous ne saurions ignorer que le Rose Essence (obtenu par distillation) n’a absolument rien à voir avec le Rose Absolu (obtenu par extraction)! Le Rose essence a un côté beaucoup plus frais que le Rose Absolu.

Nos narines se sont ensuite régalées d’essence de lavande, issue de la distillation, avec ses touches balsamiques, camphrées (qui donne la fraicheur), aromatiques, florales et boisées.

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Quittant le Naturel, nous voici aux prises avec la Synthèse Chimique. Les avantages de ce procédé ne sont pas négligeables: tonalités innovantes, produits purs, traces de solvants infimes, qualité constante et disponibilité illimitée.

Des cocktails de réactions chimiques, quelques 2'000 molécules sont étudiées chaque année, qu’un tri sélectif sévère ramène en fin de compte à 5 à 8 ‘pilotes’ qui seront négociés jusqu’à Fr. 10'000.-CHF le kilo.

Pour illustrer la magie de cette synthèse chimique, nous avons plongé le nez dans des molécules de toutes sortes, faisant jaillir des gerbes d’adjectifs olfactifs : le Florhydral®, aux notes ozone, aqueuses, floral, citrus ; l’Heliopropanal®, aux touches pastèque, melon, anis et floral ; la Calone® aux relents d’algue, de melon, de pastèque et de lavande ; le Scentenal®, , tout en algue, brise marine et ozone ; le Maritima, rappelant l’algue, la mer, l’huitre et le poisson (avec, étrangement, une touche de cheval); l’Humusal, aux senteurs d’humus, de vert, d’animal, d’algue, de mer, plus chaudes que les précédentes; le Pinoacétaldehyde®, faisant naître le souvenir du boisé, du conifère et de l’ozone.

Dans la joyeuse ivresse d’avoir tant humé, tant dégusté de molécules tentatrices, nous nous retrouvons tout de go devant un festin de parfums aux notes ‘marines’, ‘aquatiques’ et ‘ozoniques’ tout droit sortis des éprouvettes magiciennes des parfumeurs: New West pour femme d’Aramis (1990), Acqua di Gio pour homme d’Armani (1996), Cool Water pour homme de Davidoff (1988), l’Eau d’Issey pour femme d’Issey Miake (1992), Rem de Reminiscence… Une dernière mouillette, qui rappelle les vacances, la plage, se trouvera être le parfum de la crème Nivea !

Exemples de Parfums aux notes "marines, ozoniques, aquatiques"

Exit les molécules de synthèse, bienvenue au NaturePrint® qui, grâce à un outil faisant penser à un colibri, capture les odeurs pour mieux en analyser les composants afin de permettre leur reproduction en laboratoire. Cette empreinte olfactive, cette photographie olfactive se paie entre 20 et 3’000 CHF le kilo. L’odeur n’étant, fort heureusement pas ‘brevetable’, ce procédé de capture est ‘gratuit’ pour le chasseur d’odeurs !

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La partie scientifique et pédagogique fut prolongée par une séance ludique mettant à contribution le nez, les méninges, les souvenirs et les émotions. Les mouillettes trempées de mystères se sont succedées à une cadence enivrante:
L’Ambregris, sécrétion particulière au cachalot, ayant pour fonction de faciliter la digestion des os de seiche, extrêmement rare de nos jours, est désormais imité grâce à une molécule de synthèse, l'Ambrox®, fabriquée à partir d'une source naturelle, la Sauge sclarée.
La Nectarine NP tout en sucre et en fruit (nectarine, pêche, poire) ; La Feuille de Basilique, aromatique en diable, ‘herbal’, épicée, aux effluves d’estragon ; Le Riz Basmati NP , gourmand, cereal, popcorn! Le Gingembre NP, à la structure épicée, citronnée, aldéhyde et gras ; La Figue, si caractéristique, assemblage de fruité, de vert et de petit-pois !

Vous rêvez de devenir un parfumeur?

Ce n’est pas bien compliqué: il vous faudra une bonne dose de créativité et du temps pour vous entraîner à reconnaître d’un coup de narine entre 300 et 400 odeurs différentes !

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Au terme de cette soirée parfumée à souhait, l’auguste assemblée de fins nez se mua en cohorte d’éminents fins becs pour faire honneur au buffet canadien qui les attendait au local du club de plongée.

Mes propos ne seraient pas complets sans un grand merci et bravo à Chantal pour l’organisation sans faille de cette didactique soirée et à François-Raphaël Balestra pour sa présentation instructive et passionnante!

Anthea Gutknecht

Genève, le 3 octobre 2008
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Résumé de la Conférence

D'autres photos se trouvent sur notre site "Album Photos" [1]