L'Interaction Homme-Requin par Jean-Marc Rodelet

De Plongeplo
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Club de Plongée de PLO - Lundi 8 octobre 2018, Grande Salle Communale de PLO

Conférencier: Jean-Marc Rodelet [1], Président de SharkSchool™ Europe [2]

Titre de la Conférence: L'Interaction Homme-Requin

Sponsors: Jean-Pierre-Morzier, Président du Club Subaquatique de Vernier (CSV) , Club de Plongée de Plan les-Ouates (CPPLO), Club Subaquatique d'Onex (CSO), Agence de voyage "Dive and Travel - Mireille Dupraz

Auteures du Compte Rendu: Anthéa Gutknecht et Chantal Wiaux-Zamar

Organisatrice: Chantal Wiaux-Zamar

Suggestion de lecture:

Livre [3]: "L'Interaction Homme-Requin" écrit par : Erich K Ritter [4], Jean-Marc Rodelet, SharkSchool TM - 2016

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Lundi 8 octobre 2018, membres et sympathisants des Clubs de plongée de Plan-les-Ouates, Onex, Vernier et autres Clubs de Genève et de Suisse Romande ainsi qu’une équipe de l’agence de Voyage ‘Dive and Travel’, ont convergé vers la Salle Communale de Plan-les-Ouates pour assister à la conférence de Jean-Marc Rodelet, sur

                                    L'interaction Homme-Requin

Jean-Marc Rodelet, Président de SharkSchool™ Europe, étudie depuis 20 ans l’éthologie (comportement) des requins, leur l’interaction avec l’homme ainsi que l’accidentologie.

SharkSchool™, organise cours et conférences sur ces thèmes et réalise reportages, documentaires et publications scientifiques. Des cours spécifiques sont donnés aux sauveteurs, aux forces spéciales de l’Armée ainsi qu’aux étudiants des Universités de Miami (Floride) et de Zurich. La nage en apnée avec les requins est également au programme de SharkSchool™. Ce centre de recherche collabore aussi avec le Global Shark Attack File qui se donne pour mission d’analyser et d’expliquer le pourquoi d’un accident au cas par cas, sorte de séance de debriefing post-traumatique destiné aux personnes ayant souffert d’une interaction malencontreuse avec un requin… Ces recherches visent, entre autre, à dissiper la théorie erronée selon laquelle les requins confondent les surfeurs avec les otaries ou les tortues.

Ce soir, nous allons donc apprendre à ‘parler requin’ !

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Programme:

  • Qu’est-ce que l’Interaction
  • Modèle d’interaction ADORE-SANE
  • Exercices pratiques
  • Stress chez les requins
  • Recommandations – Comment garder le contrôle.


  • Qu’est-ce que l’Interaction Homme-Requin

Jean-Marc Rodelet nous explique qu’à la base de l’interaction, il y a la ‘communication’. L’échange de signaux entre l’homme et le requin qui influence l’interaction, dépend de très nombreux facteurs.
Aussi, SharkSchool™ a créé un modèle d’analyse de cette interaction. L’acronyme ADORE SANE, fil rouge de l’exposé de la soirée, nous fournit les mots clés pour comprendre ce langage :


Côté requin : Attitude – Direction – Origine – Référence – Environnement
Côté humain : Situation – Action – Nervosité – Expérience


  • Modèle d’interaction - ADORE

Jean-Marc nous montre au travers de vidéos que l’observation de l’approche du requin, permet de distinguer divers niveaux de confiance, d’intérêt, de curiosité ou de stress du requin selon son angle d’approche (Direction) et sa position dans l’eau (Référence) par rapport au plongeur.

Il nous fait remarquer que plus l’angle d’approche est petit, plus le requin est confiant et intéressé ; plus l’angle d’approche est grand, plus il est prudent. Il est important de ne jamais modifier l’angle d’approche choisi par le requin.
D’autre part, un requin qui s’approche au-dessus du plongeur est un requin confiant, il ne se cache pas.
Un requin qui arrive à la hauteur du plongeur est un requin super confiant, il va s’approcher.
Un requin qui s’approche en dessous du plongeur est un requin timide. Il essaye de rester caché.


Attitude (Que fait-il ?): Si un requin baille à s’en décrocher la mâchoire, ce n’est pas qu’il a faim, c’est qu’effectivement il remet sa mâchoire en place ! Et, s’il tourne en rond sous le bateau, c’est qu’il sait par expérience que la cuisine s’y trouve.


Origine (Où est-il ?): Il apparaît également que chaque espèce de requin a son caractère bien distinct. Ils ne réagissent pas de la même façon.
Les Longimanus, par exemple, sont très curieux et choisissent d’approcher les nageurs par l’arrière afin de les aborder sans être vus. Ils sont curieux, pas vicieux ! Il serait donc avisé de jeter un coup d’œil derrière soi de temps en temps ; tout requin différencie parfaitement l’avant de l’arrière d’un plongeur !!

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L’Environnement joue un rôle crucial dans le ‘parler requin’. En pleine eau ou aux abords du récif, la pression atmosphérique, les vagues, la pluie et son effet calmant, pendant le jour ou au crépuscule, dans les vastes profondeurs ou près de la surface qui rend l’éventuelle fuite compliquée, une mauvaise visibilité qui augmente le stress, la présence d’autres requins qui aiguillonne la compétition, le nombre de plongeurs présents sur le site, les bulles qui ne constituent pas une ‘arme anti-requins’…..tous ces éléments concourent à modifier les comportements.

En résumé : D + R + E = ERI = Evaluation Rapide de l’Intervention.


SANE

Après le point de vue du ‘requin’, Jean-Marc Rodelet aborde l’aspect ‘humain’ de l’interaction :

Situation – Action – Nervosité – Expérience

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Pour Situation, nous sommes amenés à nous poser la question ‘Que se passe-t-il?’ Bascule arrière, nage, snorkeling, pratique du surf… Toutes ces activités génèrent des vibrations de basses fréquences, douce et attirante musique pour les requins, synonyme de poisson blessé, en difficulté… et sources d’intérêt pour le requin.


Pour Action, il y a la parade : en présence d’un requin, le nageur ou le plongeur est encouragé à ne plus bouger et à se placer en position verticale. Rien n’est vertical dans l’océan ! Le plongeur laissera pendre les palmes et gardera les bras croisés.


L’évolution normale de la situation fait intervenir une dose de Nervosité : cet état d’esprit engendre un certain stress qui peut évoluer en peur et se terminer en panique ; les mouvements du plongeur deviennent alors arythmiques, moins fluides, créant ces ondes si attirantes pour le requin…


Pour clore l’acronyme en beauté on y place l’Expérience. Jean-Marc Rodelet nous rappelle que chaque espèce a son propre comportement : le Gris, le Soyeux, le Tigre, le Longimanus qui lui, adore les palmes… à chacun son caractère. Cependant, bien qu’ils ne distinguent pas les couleurs, tous les requins sont grandement attirés par les petites taches blanches, synonyme de chair de poisson blessé.

Conseil : éviter de se munir de gadgets blancs. Le requin est sensible aux contrastes.


  • Exercices pratiques

Nous voilà au parfum… place aux exercices pratiques : Les diapos défilent et nous appliquons nos connaissances pour interagir en toute sérénité et garder le contrôle de la situation.

Un Grand Blanc apparaît dans la brume, juste en dessous de la surface, à hauteur du plongeur…

DRE =ERI (Evaluation Rapide d’Intervention):

Environnement : la visibilité est mauvaise, le requin est juste en dessous de la surface, ses issues de fuite sont limitées.
Référence : le requin se trouve au même niveau que le plongeur. C’est donc un individu confiant, il ne va pas que passer.
Direction : il s’approche, change de direction, revient et regarde les palmes.

Action : Position verticale – palmes immobiles…
Trop près ? : Petit coup de palme en direction des branchies… le requin n’aime pas ça, il bat en retraite. Mais la vue des palmes lui est irrésistible, il revient… S’en suit une ‘morsure d’investigation’ pour goûter à la chose… Le plongeur reste calme et en position idoine tout au long de la retraite… L’un et l’autre se sont compris ! Happy End !!


Nous apprenons ensuite que le modèle d’interaction se subdivise en interaction générale et interaction spécifique à l’espèce.
Pour faire la part des choses, il faut donc recréer les situations, se poser beaucoup de questions et tester les hypothèses, concernant l’attraction supposée du requin envers l’humain :

Quelques hypothèses :

  • Le sang humain ? N’attire pas le requin à contrario du sang de poisson.
  • La faim ? N’est pas un facteur déclenchant.
  • Une erreur d’identification ? Inexacte et a été prouvée
  • La couleur jaune ? Ne suscite aucune réaction car le requin ne voit qu’en noir et blanc. Seuls les contrastes l’attirent.
  • De nature agressive ? Non


  • Stress chez les requins

Quant au code spécifique d’approche et la distance maintenue entre le requin et le plongeur, seule une longue observation et de très nombreuses expériences, où l’on recrée des situations, permettent de comprendre le comportement du requin.

A l’écran, nous voyons passer des requins manifestement calmes avant que n’en arrive un, bouche fermée, mâchoires serrées… Ne pas s’y frotter, il est tendu celui-là !
Le rythme des ondulations de la nageoire caudale dénote aussi le niveau de stress du spécimen observé.


  • Recommandations – Comment garder le contrôle

Jean-Marc Rodelet nous donne ensuite quelques recommandations pour éviter incidents et accidents :

  • Eviter de nager en eaux troubles ;
  • Eviter de se baigner la nuit ;
  • Eviter de nager ou plonger près des zones de pêche ou ports de pêche ; (frigo du requin)
  • Garder en mémoire la ‘position verticale’ de sécurité (dans l’océan, rien n’est vertical).
  • Ne pas oublier le danger que constitue les bruits basses fréquences causés par la natation, le paddle et le palme/masque/tuba ;
  • Eviter tout geste superflu ;
  • En présence d’un requin un peu trop entreprenant : Faire face – Guider – Pousser – Bouger.

Faire face : Fixer son regard – Ne jamais lui tourner le dos
Guider : Eventuellement le guider doucement vers une autre direction.
Et, en cas de nécessité, si le requin revient :
Pousser : Avec plus d’énergie
Bouger : Déplacez-vous vers le requin, il n’aime pas ça. C’est un prédateur. Question de hiérarchie!
En dernier ressort :
Déplacer de l’eau vers les branchies (avec une palme ou la main) . La zone est délicate. Les branchies constituent les poumons des requins et, juste derrière il y a le cœur. Le requin déteste cela !


Après cette intervention passionnante, les questions fusent et occupent le reste de la soirée.

Quelques Réponses:

Jean-Marc Rodelet insiste sur le fait que le requin n’attaque pas l’homme. Celui-ci ne fait pas partie de son régime alimentaire. Le requin est juste curieux. Cependant, la réaction de l’humain peut modifier la donne si le stress de part et d’autre s’amplifie.
Ainsi, à l’occasion d’un sauvetage, une réaction d’appropriation peut se manifester ou bien un comportement de jeu si les signaux ne sont pas clairs.


L’explosion du tourisme côtier, des sports aquatiques, le temps prolongé passé dans l’eau et les bruits générés par ces activités nautiques augmentent les risques d’accidents mais entraînent, le plus souvent, des morsures bénignes.


Une des aspirations du Centre de Recherche est de convaincre les pêcheurs de se convertir en protecteurs de l’espèce car un requin vivant devient alors une source de revenus à travers les centres de plongée; l’espèce est ainsi préservée de l’extinction qui bien souvent menace.
Au niveau des écoles, le message à faire passer aux enfants qui sont naturellement créatifs, doués de bon sens et pas encore conditionnés par les médias est le suivant: ce que l’on raconte sur les requins est faux!


Les dispositifs électromagnétiques de répulsion ne sont pas valables à 100 % car efficaces pour certaines espèces de requins mais pas pour d’autres. Par exemple, certains dispositifs repoussent le requin bouledogue mais attirent le requin tigre.


Si un requin tourne autour d’une personne en surface, c’est qu’il est curieux. Afin de ne pas lui tourner le dos, tournez en sens inverse pour le garder à l’œil, tout en gardant la verticalité.

Si vous êtes un plongeur très attirant et que plusieurs requins s’intéressent à vous, gérez-les, un par un, choisissant le plus confiant, le plus inquisiteur, pour commencer. Et surtout, restez en pleine eau, ne vous collez pas à une paroi car le manque d’échappatoire est un facteur de stress pour le requin.
Étonnamment, c’est au palier que les incidents sont les plus nombreux.


Autre donnée intéressante: les requins sont dotés de mémoire à court, à moyen et à long terme mais ne comprendront jamais ce qu’est un plongeur.


Quant aux adeptes du surf, les facteurs conduisant à un incident sont les longs séjours dans l’eau, les bruits générés par le paddle, la longue attente de la vague, la position en surface, étant synonyme de poisson malade ou mourant.
De même pour les adeptes du snorkeling, la position à la surface de l’eau et le bruit générés par les palmes, constituent une source d’attraction du requin.

Au niveau des statistiques, le nombre d’accidents est inversement proportionnel à la profondeur.


Evoquant les incidents ayant affecté La Réunion, pour Jean-Marc, le problème est autant économique que social et politique. Bien que de nombreuses études sur le déplacement des requins aient été réalisées, une étude comportementale fait défaut.
La situation des plages à l’orée des ports de pêche et la surabondance de déchets dans les eaux de La Réunion jouent un rôle certain.
Ceci dit, les requins psychopathes ou gloutons ne sont que le fruit de l’imagination des terriens !


La position des nageoires pectorales ne dénote aucunement un comportement d’intimidation ou d’attaque ; ces nageoires, permettant au requin de ‘planer’, servent uniquement à maintenir la portance ou le freinage.


Evoquant le rôle des journalistes et du ‘shark feeding’, la peur fait vendre et nous avons été et sommes conditionnés à avoir peur des requins. C’est encore une question de gros sous et d’éducation…


Au terme « Attaque », qui implique une intention volontaire de faire du mal, Jean-Marc Rodelet substitue plus volontiers celui d’ « Accident ».
Il y a 80 à 100 accidents avec des requins pour 8 à 10 accidents mortels, par an, dans le monde.


Finalement, pour ceux qui aiment les chiffres, on compte malheureusement 100 à 150 millions de requins tués par année. Il existe 500 espèces différentes de requins dont un certain nombre en voie d’extinction : 98% des Longimanus, des requins bleus et des grands requins blancs ne sont déjà plus.
Et le premier accident répertorié impliquant un requin date de 1850 ; des statistiques fiables apparaissent à partir de 1981.

En fin de compte : KEEP CALM & DIVE WITH SHARKS !


Pour de plus amples informations, consultez:
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  • le site web de Jean-Marc Rodelet [5]
  • le site web de SharkSchool™ [6] ,
  • le livre que Jean-Marc a co-écrit avec Erich Ritter [7]
  • et/ou suivez un cours avec lui lors d’une croisière plongée aux Bahamas, Mexique ou ailleurs…



Les Sponsors: JMR DSC 8893a cwz.jpg JMR IMG 5685 cwz.JPG JMR DSC 8973c cwz.jpg

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